Les disparus    

La première à être sortie de ma vie a été mémé Pors: elle était cardiaque, et son auto-flagellation à l’ortie ne l’a pas sauvée. Quand elle est morte, j’avais la rougeole, c’est Marraine qui m’a consolée.

Mémé Bouédec est morte à Brest, dans ce qui fut ma chambre, je crois. En 1968. Elle avait été renversée par une voiture, à Scrignac, et nécessitait des soins. Qui ont été vains. Je suis rentrée de Rennes à Brest, par hasard,  le lendemain de sa mort.

Pépé Plassart est mort à Huelgoat, à l’hospice, en mars 1971, après de longs séjours à Brest, où il partait à l’aventure: « Je veux rentrer à Scrignac » - et était ramené par la police.

Marraine est morte en 1973, à l’hospice de Huelgoat. Elle ne parlait plus, elle souriait aux anges.

Pépé Fanch’Louï Cloarec est mort, comme il l’avait toujours prévu, à 99 ans, en 1982, dans sa centième année, à l’hospice de Huelgoat, en paix. J’étais en Italie.

Pour les jeunes générations: à l’hospice de Huelgoat, les petits vieux dormaient dans des dortoirs, vivaient dans l’inconfort. Mais ils étaient libres.

Papa est mort en août 1982, un mois après son père, à l’hôpital de Brest. J’étais en Italie et suis rentrée immédiatement. En février, on avait commencé à le soigner pour un cancer du poumon. J’ai retrouvé son dernier petit journal de bord: il savait ce qui l’attendait.

Je ne sais plus toutes les dates: Tante Simone et tonton François seraient partis de cette maladie d’Alzheimer dont souffre aussi maman. Qu’il me soit permis de saluer Maria Plassart et François Cam: je ne suis pas allée aux enterrements, mais je sais quels ont pu être leur douleur et leur désespoir.

Annie Cloarec est morte d’un cancer, elle aussi. Elle avait eu le courage de ses origines, vivant à la cité des 4000, où elle enseignait, où elle militait, immensément respectée de tous.

 

Mon frère est mort en mars 2009, d’un cancer foudroyant, après un beau voyage en Patagonie. J’ai déposé sur sa tombe un oranger, à cause du poème qui dit: « Connais-tu le pays où fleurit l’oranger... » Nous ne nous voyions guère, et je lui souhaite d’être parmi les fleurs. La boucle serait bouclée: ses grands-parents, quand ils se mariaient, portaient une fleur d’oranger… Liliane, ma cousine, est venue à l’enterrement à Pennedepie, près de Honfleur. Qu’elle en soit remerciée.

Il m’est arrivé de déposer des fleurs sur les tombes, à Brest, à Scrignac. Il m’est arrivé d’aller à Kérizac, à Kerallain, au Guilly, à Poullaouen, à Scrignac bien sûr, où tout est à vendre quand tout était si vivant.

Longue vie à nos enfants!

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